Filip Reyntjens, le professeur qui n’accepte pas de s’être trompé

J’entretiens une relation très correcte avec le professeur Filip Reyntjens, expert belge sur le sujet du Rwanda. Juriste de formation, ancien conseiller du président Habyarimana, il a joué un rôle important au Rwanda puis dans les nombreuses enquêtes sur le génocide des Tutsi. J’apprécie sa détermination et sa capacité à débattre qui ne sont pas les qualités essentielles des parties prenantes sur le sujet.
Nous avons d’ailleurs longuement débattu de la question de l’assassinat du président Habyarimana, Filip Reyntjens défendant une attaque perpétrée par le FPR qui évidemment aurait un impact considérable sur la lecture même du génocide.
Mais une analyse de la DGSE, publiée le 6 février dernier, établit le contraire : ce sont des extrémistes hutu, organisés autour du colonel Bagosora, qui ont assassiné le président en abattant son avion, pour prendre le pouvoir et conduire leur « solution finale » contre les Tutsi, le dernier génocide du XXème siècle.
J’étais personnellement arrivé à ces conclusions après une fastidieuse analyse opérationnelle basée sur le rapport d’expertise balistique ordonné par la justice française (rapport couramment dénommé « Poux et Trévidic » de 2012, complété d’une expertise relative à l’examen d’une éventuelle manœuvre d’évitement) et mon expérience personnelle, puisque j’ai expérimenté et utilisé ce type de missiles pour l’armée française.
C’est l’objet de ces articles précédents :

Les fausses informations sur les missiles qui ont abattu l’avion du président Habyarimana, le retour des Irlandais de Vincennes

Mais qui a tiré sur l’avion du président Habyarimana ?

Cependant la publication de l’analyse de la DGSE change tout, parce que nos querelles d’experts n’intéressaient qu’un monde limité d’initiés qui se crêpent régulièrement le chignon, alors que ce travail des services officiels de renseignements extérieurs de la France, parfaitement clair, a informé dès septembre 1994 nos décideurs politiques sans qu’il y ait d’alternatives à la réalité. Dès lors, on se demande pourquoi Hubert Védrine, ancien secrétaire général de l’Elysée, soutient une version inversée depuis 25 ans et cherche à tromper l’opinion publique française sur cette question qui avait été résolue dès le début.
Le cas de Filip Reyntjens est différent, car il a longuement enquêté sur le sujet et ignorait ces sources fiables. On peut comprendre que son analyse se soit égarée si l’on considère sa haine contre le FPR (difficile d’enquêter quand son parti est déjà pris), et qu’il connaît aussi mal les missiles portables que moi le droit constitutionnel, qui est plutôt sa partie. Il est plus regrettable qu’il se soit fait, à un moment, le relai des informations transmises par le colonel Bagosora, un des principaux organisateurs du génocide des Tutsi condamné à 35 ans de prison par le Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Je ne comprends pas comment nous avons pu accepter de polémiquer autour de « preuves » fabriquées par des génocidaires, comme si nous avions été demander à Himmler des raisons de douter des camps d’extermination pendant la Shoah…
A partir de là, il apparaît qu’une grande partie du travail du professeur Reyntjens a été pollué par les liens de proximité qu’il entretient avec des extrémistes hutu, et qui ne risquaient guère de lui fournir autre chose que des sources d’intoxication. Compte tenu de son expérience, il aurait dû rester en « tiers objectif » car ses réactions face à cette nouvelle donne vont faire de lui un avocat des génocidaires et ce serait parfaitement regrettable.
Par ailleurs, cela remet en cause le Que sais-je ? écrit sous sa direction pour les Presses Universitaires de France, et qui développe à l’envi des thèses que l’on peut clairement requalifier aujourd’hui de négationnistes.
Alors qu’arrivent les 25èmes commémorations du génocide des Tutsi, il serait temps d’en finir avec l’inversion des responsabilités et arrêter de faire porter aux victimes le rôle de bourreaux, car quoi qu’en ait pensé le professeur Reyntjens, c’est bien le FPR qui a balayé les génocidaires au Rwanda, tandis que l’armée française intervenait sur ordre, en protégeant leur fuite…