Hommage au capitaine Mbaye Diagne, qui a sauvé des centaines de Tutsi pendant le génocide, au péril de sa vie

 

Le capitaine Mbaye DIAGNE, un héros sénégalais au Rwanda.

Alors que les 25èmes commémorations du génocide des Tutsi au Rwanda se tiendront début avril 2019 et que le débat sur le rôle de la France continuera à être pollué par le bouclage des archives et l’amnésie des décideurs français, j’aimerais rappeler le souvenir de cet officier sénégalais, compagnon d’armes et observateur militaire de l’ONU, qui a sauvé des centaines de vie à Kigali, armé de son seul courage.

Un observateur militaire au service des Nations Unies

Le capitaine Mbaye Diagne venait du Sénégal pour être observateur militaire au Rwanda. Il était donc désarmé comme l’exigeait cette fonction, que j’ai exercée au Cambodge et que j’espère bientôt raconter dans un nouveau récit.
C’est un rôle de « témoin impliqué » qui peut devenir extraordinairement dangereux quand la situation explose, comme au début du génocide à Kigali le 6 avril 1994, lorsque les extrémistes hutu s’emparent du pouvoir en assassinant le président Habyarimana pour enclencher leur « solution finale », effacer les Tutsi.
Alors que les casques bleus (2 500 hommes) sont paralysés par le refus de l’ONU d’intervenir et par l’incapacité de leur commandant – le général Dallaire – à dire non, le capitaine Mbaye Diagne va intervenir de sa propre initiative pour récupérer chaque fois qu’il le peut des Tutsi menacés et les conduire en lieu à peu près sûr.

C’est donc désarmé, ou plutôt armé de son extraordinaire courage, que mon camarade de l’armée sénégalaise va sauver près de 600 vies, traverser les barrages des forces génocidaires, stopper les massacreurs sur les lieux où il intervient et défendre par sa seule détermination toutes ces personnes qui sont pourchassées au seul crime d’être tutsi.

Un exemple qui questionne

Évidemment, son exemple fait aussi apparaître un gouffre, ce qu’il était envisageable de faire alors que les événements s’accéléraient, tel un incendie, et qu’il était possible d’intervenir comme il l’a démontré.
Là où le général Dallaire fut paralysé par sa loyauté et son obéissance, là où les soldats français furent compromis par une politique indécente de soutien aux génocidaires, le capitaine Diagne a été guidé par son sens du devoir et par son humanité.

Qu’il en soit honoré, car le capitaine Mbaye Diagne est une fierté dans ce difficile métier militaire.

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