VERBATIM sur « Rwanda, la fin du silence »


Rwanda, la fin du silence a suscité de nombreuses réactions, j’en publie quelques-unes en priant leurs auteurs de m’excuser d’avoir raccourci ainsi la richesse de leurs critiques :

Claude, moine cistercien, il était à Kigali au moment du déclenchement du génocide. Il écrit de Notre Dame des Neiges, en Ardèche.
« je vous dois un grand merci pour votre témoignage courageux, mais bien nécessaire pour crever le nuage de mensonges. »

Clotilde, étudiante
« C’est, pour moi et pour ma génération, ainsi que celles qui arrivent et celles qui existent depuis 25 ans, quelque chose d’essentiel. Nous avons besoin de savoir ce qui s’est passé, et pas seulement au Rwanda. J’espère sincèrement que la situation va évoluer rapidement. »

Franca, rescapée
« Merci de vous battre pour la vérité, notre vérité…
Bientôt 25 ans que le génocide des Tutsis a chamboulé la vie de tous rwandais ou ceux qui l’ont vu. J’avais presque 10 ans.
Chaque 7 avril, je redeviens cette petite fille pendant 3 mois. Après, je me redonne le droit de revivre normalement. Heureusement, que des gens comme vous sont là pour nous éclairer, nous aider à travailler sur notre mémoire collective qui flanche et la responsabilité de notre état. »

Joseph, ancien compagnon d’armes du 1º Spahi
« Je sais que tes écrits sont controversés, c’est la preuve que la vérité n’est pas bonne à dire.
Nous avons été engagés, dans ces conflits, avec des responsabilités différentes, mais nous avons la même perception des évènements. »

Madeleine, rescapée et journaliste
«  Je dois t’avouer que j’avais une certaine appréhension en l’ouvrant. Ces dernières années j’ai eu du mal à lire tout ce qui concerne le génocide et le rôle de la France. Ca réveille en moi un sentiment de tristesse, d’impuissance et de révolte stérile.
J’ai été agréablement piégée par ton écriture. Par moments, mon esprit s’égarait et j’avais l’impression de lire un récit d’aventure humaine ou plutôt inhumaine et non celui de l’extermination des miens et de la trahison de mon deuxième pays. Je voudrais tout simplement te dire « Merci ». »

Malick, officier saint cyrien, Côte d’Ivoire
« Avoir votre témoignage sur les cas de conscience que peuvent nous poser notre engagement dans l’armée est une chance incroyable pour le jeune officier que je suis.
Je vous envoie tous mes encouragements dans votre combat pour la vérité. Il est rare d’avoir l’audace, d’avoir un esprit critique dans l’armée et surtout dans la communauté de Saint Cyr. »

Nathalie, avocate
« J’ai beaucoup aimé aussi la description des légionnaires, dont on peut percevoir la droiture, la bravoure, l’esprit de corps. Un monde que je ne connais pas. J’ai lu ce matin une lettre ouverte d’un General de Saint Cyr. Je n’ai pas reconnu ton livre dans la critique qui est portée et je trouve que la façon dont on essaie de te blesser sonne faux. Pour ma part, je me félicite que tu n’aies pas écrit ce livre plus tôt. Collectivement, nous n’étions pas prêts à lire et entendre ton message. Alors, Merci d’avoir attendu, quelle qu’en soit la cause. J’espère que ta contribution permettra qu’on nous rende compte, vraiment de ce qui est accompli ou pas en notre nom. »

Roland, cheminot en chef
« Ton analyse politique sur les similitudes Turquoise / siège de Sarajevo me parait tout à fait pertinente .
Peut être le temps est il venu pour que la vérité apparaisse, grâce à la génération de dirigeants plus jeunes qui privilégieront l’intérêt du retour d’expérience, source de progrès, par rapport au confort de ceux qui ont décidé sans assumer en 1994. »

Thibaut, culture britannique
« Votre démarche est indispensable, et je pense en comprendre les (nombreuses) raisons. La France n’est pas un pays qui aime beaucoup l’autocritique et le pouvoir/société y est bien trop centralisé/ enfermé dans une bulle…
Etant résidant britannique depuis 15 ans, les retours d’expérience y sont beaucoup plus courants (dans le civil aussi), la « caste politique  » y est beaucoup moins protégée qu’en France, mais une carrière politique / militaire y est pour la grande majorité beaucoup plus courte… »

Thierry, conseil au Canada
« Au delà du fait que tu as une façon d’écrire intimiste et… presque comme si un ami de longue date te racontait une histoire d’une justesse incroyable, je ne peux qu’admirer le courage de ton geste. J’ose également mesurer le poids de ce que tu assumes dans ta démarche et le coût de ton intégrité. Je te remercie pour ce que tu fais, car plus globalement tu évoques, sans complaisance et sans jugement, des rouages qui sont en partie cause-racine du déclin de notre civilisation, tout en laissant au lecteur son libre arbitre… »

Valérie, accompagnatrice
J’ai lu ton livre et il m’a laissé une très vive émotion. […]
Bravo pour ta démarche que je salue.
Tu connais sûrement les paroles de la chanson de Julien Clerc qui me
reviennent inconsciemment ….même s’il ne s’agit que d’une chanson :
« À quoi sert une chanson si elle est désarmée? »
Me disaient des Chiliens, bras ouverts, poings serrés
Comme une langue ancienne
Qu’on voudrait massacrer
Je veux être utile
À vivre et à rêver

J’ai reçu aussi cette critique, très sévère, que je laisse à la responsabilité de son auteur
Michel, ex agent secret ?
« J’ai vu tes interventions TV. Sans grand talent. Tu paraissais. Vieux. Triste. Revanchard. Vendeur de livres. Pas très au point au demeurant. Tu n’as jamais participé à la fête politique dont tu te targues. Je t’expliquerai un jour. On était deux du Service Action. Avant ton aventure programmée. Qui nous fait rire. […] Mais stp arrête. Ridicule. »

Je n’ai pas répertorié les insultes et les menaces, elles étaient trop nombreuses et vraiment mal écrites, à l’exception de celles de Jacques Hogard dont j’ai conservé ce florilège :
« mythomane, mégalomane, fabulateur […] animé d’une envie déclarée de nuire, de revanche, un subalterne en rupture de ban […] manipulé par des milieux bobos, de bobos de gauche, mondialistes, un peu antimilitaristes […] un esprit confus, gravement confus […] animé par la malhonnêteté et la méchanceté, un adepte des poisons intellectuels français : la repentance et le mensonge, et enfin un porteurs de valises du FPR, très marqués par les influences mondialiste, gauchiste, anti militariste […] un officier raté et un traître. »

Tout le monde n’est pas obligé de partager sa conception de la démocratie, de l’honneur militaire et du respect des anciens compagnons d’armes.

Un témoignage pour que le silence ne devienne pas amnésie

En mars 2018, Les Belles Lettres ont publié Rwanda, la fin du silence qui est mon témoignage, en tant qu’ancien lieutenant-colonel de l’armée française, sur l’opération Turquoise, l’intervention militaire de la France en plein génocide des Tutsi au Rwanda.
Après deux années d’interviews et de conférences, une centaine au total, je recevais en 2015 un message d’avertissement très clair :
« Ce serait dommage, une fois que tu seras moins présent dans les media, de te faire écraser sur un passage piéton… »
J’ai d’abord pensé ne plus traverser la rue, mais cela s’est avéré un peu compliqué. Alors j’ai compris qu’il était temps d’écrire l’intégralité de mon témoignage sur ce « Tchernobyl des interventions extérieures de la France », écrire pour que ma mémoire ne puisse plus être effacée et que le silence, des militaires comme des décideurs de l’époque, ne se transforme pas en amnésie.

Je remercie Les Belles Lettres de l’avoir publié dans leur collection « Mémoires de guerre » et le professeur Stéphane Audoin-Rouzeau d’avoir soutenu si efficacement une démarche qui était loin d’être évidente.
Ce livre est donc un témoignage sur la réalité de cette opération Turquoise. Ce n’est pas une critique de mes compagnons d’arme, dont j’ai admiré le courage et le professionnalisme, mais un récit des situations inextricables dans lesquelles nous avons été plongées par l’aveuglement des décideurs politiques de l’époque qui continuent, aujourd’hui encore, à raconter une fable aux Français tout en bouclant soigneusement les archives d’une opération qu’ils n’hésitent pourtant pas à présenter comme « humanitaire ».
Je n’ai jamais prétendu détenir la « Vérité », mais ce récit est un morceau de réalité, une pièce du puzzle totalement incompatible avec la version officielle.
Je souhaite que ce témoignage alimente un débat indispensable et suscite d’autres témoignages sur cette opération menée au nom de la France, mais sans que les Français n’aient le droit « d’en connaître ».

C’est un enjeu de démocratie à l’heure où les pressions sécuritaires ne cessent de menacer nos libertés, et tout particulièrement la liberté de penser.
C’est une question de dignité pour un ancien officier français de savoir qui nous a compromis dans cette mission qui apportait un soutien de fait aux génocidaires, alors que ma génération est celle qui aurait dû empêcher ce génocide, le dernier du XXème siècle.
C’est enfin un sujet de décence, de reconnaître la vérité pour nous permettre d’honorer décemment la mémoire du million de victimes que nous n’avons pas su empêcher.

 

Ce témoignage a été difficile à écrire, son seul intérêt est qu’il soit lu. Merci de votre aide pour le faire connaître.

Extrait de Rwanda, la fin silence, les Belles Lettres, collection Mémoires de guerre, Paris, 2018.

« Cette confusion française entre l’obligation de réserve, qui relève du secret professionnel, et la culture du silence, qui consiste à cacher ce qui s’est passé, me semble particulièrement nocive. Je lui préfère, comme d’autres avant moi, une culture de la réflexion et de la responsabilité dans l’écrit pour que le silence ne devienne pas amnésie.
Parler ouvertement du Rwanda, comme de Sarajevo, participe à un débat qui m’apparaît indispensable. Il me vaut de perdre quelques relations parmi mes anciens compagnons d’armes, mais de bénéficier du soutien de ceux – nombreux – qui estiment que la réalité doit être dite et que nos concitoyens ont le droit de juger par eux-mêmes des décisions politiques prises en leur nom.
Partager ces « événements », c’est éviter aussi qu’ils ne restent tapis dans l’ombre de nos mémoires et qu’ils viennent nous hanter alors que nos horizons se rétrécissent. 
»

Voir aussi la série d’articles sur la culture du silence

Dédicace à l’Ecume des pages, 17 mai 2017, boulevard St Germain.

L’Ecume des pages, c’est cette belle librairie juste à côté du café de Flore. Julien m’a proposé d’y organiser la dédicace, au cœur du quartier St Germain et à quelques centaines de mètres des Belles Lettres, célèbre éditeur du boulevard Raspail.
En fait le seul qui ne soit pas célèbre dans cette affaire, c’est moi et pourtant nous avons prévu rien de moins que trois heures de dédicace…

Julien me rassure, il invitera sa propre clientèle mais il me prévient aussi que ça marche à condition d’inviter ses proches, son réseau personnel. Alexandre prépare une invitation, très classique, je l’envoie à plusieurs cercles qui parfois se recoupent :
La famille et amis proches pour commencer, qui répondent moyennement, souvent convaincus qu’ils auront d’autres occasions de se faire dédicacer ce livre.
Mes anciens compagnons d’arme, beaucoup sont colonels (lourds) et généraux désormais, bien trop occupés pour s’accorder un simple rendez-vous avec leur passé. Pourtant c’est cette génération qui a été marquée par la guerre en ex Yougoslavie et plus spécialement par le siège de Sarajevo, l’objet même de ce récit.
Mes camarades cheminots viennent nombreux, je revois avec plaisir leur sourire courageux, eux qui travaillent dans ce monde si hiérarchisé et discipliné, bien plus que l’armée en tout cas, comme l’avait remarqué le général De Gaulle.
Mes copains d’Humanis enfin, dont je suis surpris de l’intérêt qu’ils portent à un sujet tellement éloigné de notre monde d’assureurs, fait de réduction des risques et de réconfort de nos assurés, l’antithèse même du monde que j’essaie de raconter dans Vent glacial.

La préparation de la dédicace est un peu controversée, les pros du sujet me disent que signer 50 livres dans la soirée serait un succès, tandis que j’ai reçu beaucoup plus de réponses et que je serais vraiment désolé que quelqu’un puisse se déplacer sans rapporter un exemplaire du livre avec mon précieux griffonnage. Négociation à trois, le libraire doit éviter de former un stock d’invendus même si son métier consiste grandement à les retourner, l’éditeur veut optimiser ses déplacements et les cartons à transporter, je ne veux pas créer de frustration. Alors pour faciliter un accord, j’écris à mes interlocuteurs que je repose sur leur expérience et leur savoir faire, mais qu’à ce jour j’ai plutôt une centaine de réponses positives sans compter ceux qui ne m’ont pas encore répondu.

Jour J, j’ai préparé deux et même trois lectures pour meubler la séance si le temps se faisait long, et puis c’est aussi une rencontre, il fallait bien que j’extrais ces quelques passages du livre que je ne me sens d’ailleurs pas du tout de lire. Lire publiquement est en soi un exercice difficile, lire ce qu’on raconte dans un livre me semble hors de portée, je verrais bien …
J’ai mis un costume sombre et une pochette dans des tons très classiques, supposés me conférer l’allure sérieuse et réfléchie d’un écrivain. Mais je me renverse une tasse de thé sur ma belle chemise bleue, que j’essaie maladroitement de nettoyer au bureau avant qu’une collaboratrice ne me dise avec une grimace sans appel, « tu n’as vraiment pas le temps de repasser chez toi ? ». Je m’exécute, reprends au passage un thé, consomme ma marge de temps et repars d’un pas empressé sur le boulevard St Germain.

À la hauteur du café de Flore, j’aperçois François dont j’espère que c’est bien pour moi qu’il est ici. Son sourire me rassure, je ne serai pas seul à la dédicace. Nous allons tranquillement à la librairie devant laquelle m’attend aussi Bruno, dit le sheriff, un cheminot qui aurait dû être flic, mais les voies du seigneur sont impénétrables. Je leur propose de rentrer et je réfléchis déjà à la formule bien pesée que je pourrais utiliser dans chacun de leur cas pour laisser une empreinte personnelle et éternelle sur cet objet qu’est un livre. Mais en pénétrant dans la librairie, je comprends que je devrais faire autrement, car il y a déjà plus de vingt personnes qui m’attendent, livre en main… je résiste à la tentation d’aller les saluer une par une pour les remercier d’être venue mais les faire attendre bien plus que raisonnable, l’attente c’est une expérience de cheminot et de militaire, je me souviens qu’il vaut mieux la limiter…

Je me précipite donc à la petite table dressée au milieu des présentoirs et sur laquelle sont empilés des exemplaires de mon récit. Juste le temps de saluer Julien et Alexandre, boire le tiers d’un verre d’eau, retrouver le crayon bleu avec lequel je n’écris plus depuis des années, disposer mon indispensable sac à dos et laisser tomber ma veste. Je peux enfin lever le nez et regarder cette « foule » qui se presse vers la table dans un désordre qui ne me ressemble pas. Je prends ma respiration, choisis ma première victime, la salue d’une longue poignée de main et d’un mot de remerciement. Elle s’excuse d’être venue si tôt car il n’est pas encore l’heure offficielle de l’événement, comme si je pouvais lui reprocher de m’honorer de sa présence. Je saisis son livre, page de garde, le 17 mai 2017 avec ce zéro barré que j’affectionne, je l’utilisais pour ne jamais le confondre un 0 avec un o dans les codes. Je me rappelle aussi qu’il est préférable d’éviter de mentionner le prénom dans une dédicace, source d’erreur forcément regrettable. J’écris :
La recherche de la vérité est une aventure sans fin… Amicalement, en écrasant les m pour écrire d’un trait plus rapide, complété du gribouillis qui me sert de signature.
Mon premier interlocuteur, qui a fait tout ce déplacement pour me voir car il ne sait pas encore ce qu’il va faire de ce livre, aimerait maintenant discuter, tandis que j’aperçois des signes d’impatience des poursuivants qui ne savent même plus dans quel ordre ils sont arrivés. En fait je n’ai pas d’autre choix que remercier mon hôte, lui recommander de me faire un retour et lui signifier que nous aurons ainsi plus de temps pour discuter du livre et bien sûr de nous…

J’ai déjà trois mains au dessus de la table qui me tendent leur exemplaire à signer, je choisis celle du centre, un vieux réflexe d’équilibre, c’est Georges qui la tend. Extraordinaire octogénaire à la magnifique chevelure blanche, il dégage une énergie époustouflante. Georges a joué un rôle particulier dans l’écriture de ce récit. Lors d’un déjeuner, il m’a raconté comment il n’avait jamais pu raconter la guerre d’Algérie et m’a aidé à prendre conscience qu’il fallait écrire ces épisodes tragiques pour faire savoir et aussi pour s’en débarrasser. J’aimerais le prendre dans mes bras et lui dire combien il m’a apporté, mais un regard électrique juste derrière lui me rappelle à l’ordre, je signe :
Pas à pas, s’approcher de la réalité…
et je m’engage à ce que nous prenions date pour discuter, car je n’ai même pas le temps de consulter mon calendrier.

Les sourires se succèdent, le libraire a maintenant organisé une file bien rangée qui fait le tour de ses rayons et permet de picorer au passage dans l’extraordinaire richesse de ces ouvrages. J’accueille, je signe et je remercie avec une cadence soutenue tandis que la file d’attente, j’oserais dire les patients, me maintient sous pression.
Caroline, dont le mari possède portant déjà le livre, apparaît avec un beau sourire mystérieux, elle veut faire lire ce témoignage à Hubert Védrine, un de ses proches qui fut au cœur de l’ambiguïté de l’intervention française à Sarajevo (comme au Rwanda dans ma mission précédente). J’admire son initiative, même si je crains qu’il ne soit trop difficile pour l’ancien secrétaire général de l’Elysée d’accepter une telle contradiction.

Les poignées de main et les accolades se succèdent, Agnès est trempée, je comprends qu’il pleut orage et pourtant mes hôtes sont toujours aussi nombreux. Elle est l’auteure de plusieurs livres, elle sait combien la dédicace est un moment important.
Alain de son mètre quatre vingt dix me toise avec bienveillance, je lui rappelle qu’il s’agit d’une version non officielle de l’intervention militaire française à Sarajevo, il me sourit avec ce flegme si particulier des sous-mariniers.
Guy est venu de Clermont Ferrand, Chantal de Marseille, Bruno de Reims, Mikael de l’autre côté du boulevard, je n’ai pourtant que quelques instants à leur consacrer quand j’aurais aimé passer la soirée avec chacun d’entre eux.
Yvon a préparé un texte de dédicace pour un ami proche qui se bat contre un cancer, quelques mots choisis avec soin, comme tout ce qu’il choisit.
Leila que je n’ai pas vue depuis des années, Daniel qui m’a fait découvrir les endroits les plus reculés de la Drôme, Brigitte qui veut en offrir un exemplaire à chacun de ses enfants, Olivier qui bâtit des chantiers navals, Séverine qui m’a préparé aux interviews. Alexandre, Boris, Camille, Dominique, Emmanuel, Frédéric, Gautier, Hélène, Isabelle, Jacques, Kim, Laurence, Michel, Naima, Olivier, Pascale, Quentin, Robert, Stéphanie, Thierry, pas de U, mais Vincent, Wilfrid, Xavier et Yann, il manque le Z !

En trois heures, je signe finalement 150 livres, le dernier disparaît grâce à Anne qui est arrivée la dernière, mais arrivée quand même. La séance s’arrête, je finis enfin mon verre d’eau, savoure ce « succès d’estime », maintenant il me faut attendre que ces hôtes lisent ce récit et me disent ce qu’ils en pensent. C’est un autre épisode …

Vent glacial sur Sarajevo 

VERBATIM de « Vents sombres sur le lac Kivu »

Quelques commentaires sur la controverse sur le Rwanda et le livre Vents sombres sur le lac Kivu,
Un grand merci à tous ceux qui m’ont envoyé un mot de soutien ou de réaction, car les controverses sont des moments de solitude.
Je publie juste quelques réactions, ne me demandez pas pourquoi celles-ci en particulier, elles m’ont simplement interrogé :

Franca, Rwandaise vivant en exil,
Je tiens à vous remercier pour votre témoignage capital. Je dis toujours que les gens comme vous sont « les voix des sans voix », c’est à dire nous, rescapés, qui étions occupés à errer de collines en collines ou à nous cacher dans des abris d’infortunes… Pendant que notre sort était dessiné par certains dirigeants occidentaux.
Je n’oublie quand même pas, en ce 20ème anniversaire, que ce sont les miens qui ont été tués par les miens.

Olivier, pilote de chasse,
Dans votre témoignage je me souviens d’avoir décollé un matin (très tôt il faisait nuit) je crois le premier Juillet pour appuyer des légionnaires dans le sud au niveau du lac Kivu.

Maggy, Rwandaise dont une partie de la famille a été sauvée par l’opération Turquoise,
Je fais partie de ceux qui saluent la grandeur de la France mais nous ne l’en admirerons que plus si elle assume ses erreurs… ou ses mauvais choix car nul n’est infaillible ni au-dessus de tout reproche. Cela n’empêche pas le respect, bien au contraire et à condition de ne pas nier l’évidence pour ne pas devoir s’excuser et faire amende honorable car c’est cela qui est lâche et méprisable. Comme l’écrit un autre éditorialiste, Edwy Plenel pour ne pas le nommer: «(…) la grandeur d’une nation se juge à sa capacité de reconnaître ses fautes et ses erreurs… »

Guy, saint-cyrien,
Un de mes camarades de Saint-Cyr, présent au Rwanda en 1994, lors des premiers massacres vient de jeter une pierre dans la marre en publiant un livre, Vents sombres sur le lac Kivu, où il explique à travers son expérience de terrain que la France, même si elle n’a en aucune manière participé au génocide, a fait des erreurs d’appréciation de la situation politique de l’époque contribuant d’une certaine façon à banaliser ces crimes.
Saluons cette mise au point argumentée et courageuse au sein du débat politiquement et militairement correct qui anime la question rwandaise 20 ans après ces dramatiques évènements. Le seul fait que la position de la France dans ce conflit interethnique pose question et soit l’occasion de nombreuses publications devrait alerter notre conscience.

David, fin observateur suisse des événements internationaux,
Courageuse prise de position, bravo….On se réjouit de certaines révélations sur les opérations en cours, dans 20 ans…

Georgette, rescapée rwandaise,
c’est vingt ans après que j’arrive à revisiter cette histoire avec une prise de conscience tranquille, sereine et m’étonner de réaliser que tout pouvait s’éviter s’il y avait plus de bonne volonté…et me dire que seules les réactions constructives en valent la peine maintenant.
Je finis les vents sombres…je l’ai lu lentement sans me presser cela me renvoyais à mes souvenirs durant cette période la…n’étant pas loin de la zone turquoise…(à Butare..)

Jean Claude, général,
Encore faudrait il mettre un point final à cette désinformation instrumentalisée à défaut de pouvoir complètement rétablir la vérité.

Jean Emmanuel, homme libre,
Cela me fait simplement sourire, à 20 ans d’intervalle, tu n’as pas changé, tu réussis toujours aussi bien à agacer les imbéciles suffisants.

Amaury, combattant,
Qu’un général se permette de qualifier de « gentil garçon » un officier, saint-cyrien comme lui, afin d’éluder le fond de la question, qui est celle de l’implication de la France et du faux procès qui lui est fait, par Kagamé et ses soutiens (anglo-saxons) est tout simplement lamentable… Tout comme le fait qu’un journaliste qui se proclame spécialiste de la Défense tombe dans le panneau !

Augustin, homme de sagesse,
Reste à espérer que ce début de polémique donne envie à un journaliste d’investigation / un historien de prendre le sujet à son compte et de donner des preuves de documents impliquant, les années avant ce génocide, certains « décideurs » français…

Philippe, journaliste désabusé,
j’avoue que le Rwanda est un sujet que je n’apprécie pas, le trouvant totalement dominé par les passions des uns et des autres, et sur lequel je reste très aux freins. Je le laisse à certains excellents collègues qui adorent ce genre de dossiers qui tournent en rond depuis 20 ans.

Rachid, homme d’expérience,
J’ai eu un peu de mal à comprendre les tenants et aboutissants du conflit du Rwanda, je ne comprends toujours pas la polémique qui t’oppose dans tes déclarations contre Hogard. Ou de Hogard contre toi. A ce propos, la description qu’il fait de toi est totalement fausse, il doit se rappeler de quelqu’un d’autre. Guillaume Ancel effacé…. ça se saurait…!
Je ne comprends pas non plus pourquoi certains se refusent à dire que l’armée française à pris parti, cependant je ne reconnais pas non plus les accusations portées contre la France.

Alain, force tranquille belge,
Reste à voir si Le Point publiera mon commentaire qui pointe le manque de sérieux journalistique de ce journal…Ce qui m’a le plus choqué, c’est l’affirmation par Hogard que tu étais un officier un peu falot, sans grand caractère. Quel …!

Stéphane, vénérable grand ancien,
vents sombres sur le lac Kivu. Je n’ai pas suivi l’émission, mais ai pu constater qu’il y avait des réactions dans la presse !
Commande passée, “y’a plus qu’à” recevoir, lire, et vous soumettre mon humble avis !

Xavier, directly from Silicon valley
J’adore, c’est très prenant et le lecteur que je suis a envie de continuer. C’est même dur de s’arrêter de lire..

Marie, observatrice du Canada,
Merci pour votre témoignage à #Desautels @ICIDesautels. Enfin une autre voix!

Antoine, grand ancien de la Légion étrangère,
Vous avez probablement cru bon d’apporter votre parole, soit, mais pourquoi en rajouter à la charge de Kagamé contre notre pays, alors que ce personnage est on ne peut plus douteux ?

Vincent, bâtisseur d’Europe,
Tu es courageux … de lever une partie du voile quand l’invocation de « l’honneur de la France » demeure trop souvent la seule ligne de défense des gouvernants actuels ou passés.

Jacques, cheminot infatigable,
Ton écriture est trés belle, l’histoire bien découpée (en petits paragraphes), les histoires dans l’histoire bien choisies. (…) Mais surtout, la psychologie des personnages est crédible et j’ai aimé ce mélange de retenue /pudeur et d’effarement /de désarroi, face à l’horreur, qui hante le personnage principal.

Pierre Emmanuel, officier de marine à l’autre bout du monde,
Je note en tout cas une belle liberté de ton et de positionnement du capitaine vis-à-vis de sa hiérarchie. Un paradoxe dans cette armée de terre où les lieutenants et les capitaines se vouvoient et se saluent avec beaucoup de formalisme, mais où chacun s’autorise à des avis tranchés en opérations. Dans la marine c’est un peu l’inverse : on se tutoie volontiers mais l’exercice du commandement reste très hiérarchisé et légaliste (cf le sabordage de la Flotte)

Gilles, intelligence fulgurante au services des autres,
Lu ce week-end, palpitant, difficile d’arrêter une fois qu’on a commencé. C’est la première fois que j’ai un aperçu de ce que peuvent être ces situations et ton récit donne un incroyable sentiment de réalité

Anne-Marie, présidente, première lectrice de ce roman,
J’ai lu . C’est excellent. Je diffuse notamment à des amis impliqués dans les opérations actuelles.

Pourquoi Vents sombres sur le lac Kivu ?

Oui pourquoi ce titre ?

Le roman devait s’appeler « carnets d’opération de la Capitaine Victoire Guillaumin », ce qui est la forme de présentation du récit, un logbook ou journal de marche comme j’en tenais un d’ailleurs pour chacune de mes opérations. Avec un regret, celui de ne pas savoir dessiner, j’aurais aimé rapporter des croquis ou des aquarelles, mais tout le monde n’est pas Delacroix.

Le roman a été proposé en version test à un groupe de 10 lecteurs, très différents mais certains retours étaient parfaitement unanimes dont la nécessité de trouver un titre de roman et pas de forme de récit.

Vous vous souvenez peut-être que je voulais initialement écrire un polar ethnologique et c’est en hommage à Tony Hillerman que j’ai utilisé « Vent sombre », le titre d’un de ces meilleurs romans qui a donné lieu aussi à un film avec Fred Ward et Lou Diamond Phillips. « Vent » me permettait aussi d’évoquer les collines du Rwanda plantées d’eucalyptus dont les feuilles bruissent au moindre souffle, ce qui donne une impression étonnante que le vent souffle en permanence.

« Vents sombres » est bien sûr une évocation du drame rwandais, ces vents sombres qui ont balayé une société pourtant prospère et souriante, le pays des milles collines. Sombre évoque enfin l’aspect du lac Kivu, ce grand lac qui sépare le Rwanda  du Zaïre/Congo et dont les eaux sont froides, profondes, souvent inquiétantes car très peu fréquentées. J’ai du mal à décrire les couleurs mais l’impression qui me reste est le gris. Et ces vents sombres ont soufflé sur la Kivu pendant que les rescapés du génocide puis l’exode massif des populations hutues tentaient de le contourner pour s’échapper.

Spectacle permanent sur le Lac Kivu depuis la corniche Nya Lukemba© PhilKin

Genèse du livre Vents sombres sur le lac Kivu

Genèse du livre Vents sombres sur le lac Kivu

J’ai d’abord essayé d’écrire un polar ethnologique, genre que j’apprécie particulièrement, j’avais la matière pour l’ethno, nettement moins pour le polar, dont on n’imagine pas la difficulté de monter une intrigue qui se tienne sans plagier celles lues précédemment. Alors j’ai essayé un roman d’aventures, de « guerre », dans un contexte très particulier.

L’action se passe en effet au Rwanda, pendant l’opération française appelée Turquoise au printemps 1994, à laquelle j’avais personnellement participé comme officier dans une unité dédiée à la Légion étrangère.

J’ai recherché en premier de la matière dans mes propres souvenirs que je croyais profondément enfouis. En reconstituant la trame chronologique des évènements, j’ai « retrouvé » la plupart de cette matière et j’ai « inventé » celle dont je pensais ne pas me rappeler ou qui me manquait.

Une fois seulement ce premier travail achevé, j’ai exhumé le carnet d’opérations que je tenais presque quotidiennement au Rwanda, et j’ai confirmé la plupart des informations dont je voulais me servir, – à quelques inversions de date près -, les prénoms existaient tous même ceux que je croyais avoir inventés et j’ai donc dû les reprendre pour éviter toute polémique. Enfin, ce qui m’a le plus troublé est que pour décrire les mêmes situations 20 ans auparavant, j’avais utilisé pratiquement les mêmes mots…

Une brillante éditrice d’Actes Sud m’a alors aidé à reprendre toute cette matière pour en faire cette fois un roman, laisser tomber tout ce qui pouvait apparaître comme une justification ou un plaidoyer et construire un récit qui laisse les lecteurs libres de penser ce qu’ils veulent en observant cette société étrange qu’est une communauté militaire en opération, dans les circonstances dramatiques du génocide rwandais de 2014. Je pense qu’en cela, c’est aussi un roman ethnologique, mais pas seulement sur le Rwanda.

J’ai choisi comme personnage principal une femme, la capitaine Victoire Guillaumin, qui a un regard perçant et une détermination hors du commun. Elle observe et agit, elle est dans la réflexion et l’action, son récit se veut « apprenant » pour ceux qui veulent savoir comment se passe une opération de ce type. Victoire semble être un personnage de fiction, mais en réalité il existe beaucoup de Victoire Guillaumin et elles flanqueraient de sacrées raclées aux hommes si elles commandaient.

J’ai du mal à définir le genre de ce roman, récit d’aventures et d’observations,  dont le personnage principal est une femme dans un milieu par trop masculin, dans un environnement dramatique tout en m’étant bien gardé de raconter l’indicible d’un génocide. Je vous livre donc un récit « autrement », une œuvre de fiction romancée et donc inexacte, mais toujours vraisemblable.