Hubert Védrine, secrétaire général du soutien aux génocidaires et du déni sur le rôle de la France au Rwanda

Le rapport Duclert, publié en mars 2021, sur le rôle de la France au Rwanda conclut par un « désastre français » pour lequel la responsabilité de l’Elysée est « accablante ».

Depuis, certains décideurs de l’époque, comme Alain Juppé, tentent de se remettre en question. D’autres ont passé la date de péremption et ne sont plus capables de la moindre analyse sur le sujet, comme le triste Edouard Balladur qui explique sans barguigner qu’il était contre l’intervention de la France au Rwanda, mais que nous avions bien fait d’y aller…

Cependant, s’il est un homme encore vivant qui incarne cette responsabilité de l’Elysée dans cette affaire insoutenable du soutien apporté aux génocidaires, aux nazis du Rwanda, c’est bien Hubert Védrine.
Hubert Védrine était en effet secrétaire général de l’Elysée de 1991 à 1995, il était un des hommes clefs de la politique menée par la France, sans doute le plus proche conseiller de François Mitterrand.

Les décisions étaient prises par le président de la République, mais son rôle était justement de les transcrire et de s’assurer qu’elles soient bien exécutées. Quand cela l’arrange, Hubert Védrine aime, avec une modestie qui lui ressemble peu, se décrire en « passe-plats ».

Cependant quand il s’agit de drames, comme le génocide contre les Tutsi au Rwanda, il n’y a pas de « passe-plats », mais des hommes qui ont contribué aux grands drames du XX° siècle. Ce génocide fut le seul que nous – Français – aurions pu empêcher et ce n’est pas ce que nous avons fait.

En effet, jusqu’en 1994, nous avons soutenu les forces qui préparaient ce massacre, nous les avons préparées, armées, conseillées et parfois même commandées, avant qu’elles ne se lancent dans cette solution finale qu’elles évoquaient pourtant devant nous. Mais nous ne voulions pas l’entendre.

Pendant le génocide, qui a duré 100 jours, 10 000 morts par jour, nous avons aidé à constituer, dans des locaux de l’ambassade de France, le « gouvernement intérimaire » qui allait conduire ce massacre sans précédent, et en totale violation des accords de paix d’Arusha que M. Védrine prétend défendre.
Et nous avons continué à soutenir ces forces devenues folles, nous avons reçu officiellement leurs émissaires à l’Elysée, et nous sommes même intervenus militairement pour les aider.

Sous couvert d’une opération « strictement humanitaire », l’Elysée a lancé l’opération Turquoise, pour tenter de remettre au pouvoir les forces qui menaient ce génocide, mais qui ne faisaient pas le poids face aux soldats du Front patriotique rwandais (FPR). Nous avons ainsi stoppé ce FPR, en créant une « zone humanitaire sûre » pour que les génocidaires puissent s’y protéger, avant de les installer dans des camps de réfugiés au Zaïre pour continuer « leurs combats ».

Et nous avons continué à leur livrer des armes, ce qui était impossible sans l’ordre de l’Elysée. Ces livraisons ont continué même après le génocide, alors que nous savions tout désormais de ceux que nous soutenions, puisque nous les avions vus sur le terrain de leurs massacres, au Rwanda.


Du fait de leurs décisions, la France peut en réalité être accusée de complicité avec les génocidaires

Personne ne doute qu’un esprit censé, même à l’Elysée, n’a jamais souhaité contribuer à un génocide. Mais pourtant, les décisions qui ont été prises par la présidence de la République font que la France peut être accusée de complicité de génocide. C’est là une confusion du rapport Duclert qui affiche le contraire mais qui mélange les deux notions.

Nous n’avons jamais douté que nos soldats n’auraient jamais accepté de participer aux massacres, même si l’ordre leur en avait été donné, mais pourtant nous n’avons pas cessé dans les faits de soutenir les génocidaires. C’est cela la complicité. Et c’est là qu’Hubert Védrine est consternant.

Même l’amiral Lanxade reconnaît aujourd’hui que c’était une faute politique d’avoir reçu les émissaires des génocidaires à l’Elysée, que plus personne ne croit à la fable humanitaire de l’intervention de la France au Rwanda, et que même les faits les plus controversés, comme l’assassinat du président Habyarimana, sont désormais établis.

Alors pourquoi Hubert Védrine s’acharne-t-il à défendre les thèses négationnistes, qu’il laisse d’ailleurs le soin à d’autres d’écrire, en parfait diplomate ? Pourquoi soutenir que l’actuel président Kagamé aurait déclenché le génocide alors que les expertises judiciaires comme les analyses de la DGSE ont démontré que les missiles, qui ont abattu l’avion du président et déclenché le génocide, étaient partis du camp de Kanombe, la base militaire des unités d’élite de l’armée gouvernementale ? Ces unités d’élite allaient jouer un rôle clef dans le génocide, tandis que leurs instructeurs français étaient encore sur place, incapables de les arrêter ni de comprendre ce qui se tramait ?

De la même manière, pourquoi Hubert Védrine fait-il encore aujourd’hui la promotion des thèses négationnistes de Judi Rever, cette « investigatrice » qui ose écrire que les Tutsi se seraient infiltrés dans les milices pour inciter aux massacres des leurs, propos nauséabonds qui fleurent bon le conspirationnisme et le délire maladif.


Tandis qu’Hubert Védrine nous enfonce dans le déni

En fait, Hubert Védrine est sans doute un des derniers responsables politiques de cette époque qui pourrait expliquer comment nous avons pu commettre de telles erreurs, car c’est la France qu’ils ont engagée dans cette politique aberrante.

Pourquoi avoir soutenu cette junte monstrueuse jusqu’au pire, et même après ? Quels pouvaient être les intérêts qu’ils croyaient défendre « au nom de la France » et qui ont pu ainsi les égarer ?

Alors qu’ils commémoraient le cinquantenaire des massacres d’Oradour-sur-Glane, comment ont-ils pu, de l’autre main, soutenir les génocidaires de l’Afrique des Grands Lacs, ces nazis anti-Tutsi qui ne s’étaient pourtant jamais cachés de leurs intentions ?

Mais pour nous aider à comprendre ces erreurs monstrueuses, faudrait-il encore qu’Hubert Védrine puisse les reconnaître. Et le déni dans lequel il nous enferme, s’il lui permet de fuir sa responsabilité personnelle, nous fait désormais redouter le pire sur la responsabilité collective que nous devrons assumer, sans une once d’explication.

Et tant qu’Hubert Védrine n’aura pas reconnu la réalité de ce qui s’est passé, il serait préférable qu’il ne soit plus invité à expliquer les relations internationales ou à représenter la France, comme il en est chargé aujourd’hui encore à un comité officiel de l’OTAN.
Tant qu’il sera incapable de reconnaître les faits crûment mis en lumière par le rapport Duclert et montrer sa capacité à s’interroger et à rendre des comptes aux Français qu’il a trompés pendant toutes ces années, il ne devrait plus être invité dans la vie publique qu’il a gravement entachée.

Car c’est bien l’honneur et la réputation de la France qu’il met en péril désormais, en ayant collaboré avec les nazis du Rwanda.

3 commentaires sur “Hubert Védrine, secrétaire général du soutien aux génocidaires et du déni sur le rôle de la France au Rwanda

  1. Sur France 24 et RFI Edouard Balladur affirme qu’il avait donné l’ordre de cesser de livrer des armes aux FAR des son arrivée au pouvoir ( en mai 1993 ?)
    Et pour lui : les massacres des Tutsi n’ont commencé qu’en 1994 et il se vante d’avoir convaincu Miterrand d’envoyer la force Turquoise pour arrêter les massacres.
    Je regrette que les journalistes pourtant bien informés ne se soient pas montrer plus ferme dans l’interview

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    1. C’est d’autant plus lamentable qu’il a reconnu devant une commission parlementaire que les livraisons d’arme avaient continué…. en affirmant qu’elles n’avaient pas de rapport avec le génocide !
      De plus Turquoise a , dans les faits, sauvé essentiellement les génocidaires et leur a permis de s’échapper et de se réarmer pour continuer leur « résistance » contre les Tutsi que Védrine lui même décrivait comme les ennemis de la France.
      Enfin les massacres ont été soigneusement préparés, et même répétés bien avant le génocide qui a été une entreprise de destruction d’une incroyable sophistication.

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