Pourquoi Hubert Védrine a aidé les génocidaires du Rwanda à s’enfuir ?

Dans cette lamentable affaire du soutien français aux génocidaires du Rwanda, il est encore un épisode qui implique directement l’ancien secrétaire général de l’Elysée, Hubert Védrine.


C’est en juillet 1994, la fin du génocide contre les Tutsi, 100 jours de tueries atroces qui viennent de faire un million de morts. Nous n’ignorons plus rien de la situation puisque nous, Français, sommes sur place, au milieu des « forces » qui viennent de commettre cet insupportable massacre.
Les génocidaires sont balayés par les troupes du FPR, qui les chassent du pouvoir et mettent fin, – enfin –, au dernier génocide du XX° siècle.
Les militaires français sont intervenus officiellement au 75° jour du génocide dans l’opération Turquoise, le 22 juin au moment où nos « alliés », ceux qui commettaient le génocide, basculaient dans la défaite. Il est vrai que ces derniers avaient consacré toute leur énergie à massacrer leurs concitoyens et n’avaient pas eu beaucoup de temps pour faire la guerre aux soldats du FPR.
L’opération Turquoise leur offrait donc un répit, en organisant une fort opportune « zone humanitaire sûre », dans laquelle ils pouvaient se « réfugier » à l’abri de la puissante armée française.


Que faire des organisateurs du génocide ?


Mes compagnons d’arme étaient bien embêtés par cette situation qui nous compromettait. C’est alors, dans cette véritable débâcle, que sont arrivés les organisateurs du génocide, les membres du « gouvernement intérimaire » qui avaient fait assassiner le président Habyarimana pour s’emparer du pouvoir et mener leur épouvantable dessein.
Que faire de ces chefs nazis, organisateurs du génocide contre les Tutsi ?


Malgré l’ambiguïté de la politique de la France, certains responsables de la diplomatie française estiment nécessaire d’arrêter les responsables de ces massacres innommables, qui ne nous ont d’autant moins échappés que leurs meneurs s’en vantaient, nous demandant même de les aider à achever le « travail ».
Aussi, lorsque les organisateurs du génocide sont arrivés en zone humanitaire sûre, il sembla normal de les arrêter. Mais comme toute l’opération était pilotée de l’Elysée, fallait-il encore obtenir le blanc-seing du président Mitterrand.


Télégramme diplomatique de Yannick Gérard, représentant du quai d’Orsay auprès de l’opération Turquoise


Yannick Gérard, le représentant du quai d’Orsay auprès de l’opération Turquoise, est d’ailleurs très clair dans ses propos, il parle bien de « génocide » et de la lourde responsabilité de ces « autorités ».
Le gouvernement Balladur fait annoncer, via l’agence Reuter, son intention de faire arrêter les organisateurs du génocide, en attendant de les remettre à l’ONU.


L’Elysée décide de protéger leur fuite


C’est là qu’intervient Hubert Védrine : ce n’est pas la décision du président Mitterrand,

et il met tout son poids de « tour de contrôle » de l’Elysée pour la faire appliquer : l’opération prévue par les militaires français est immédiatement stoppée.


Avec les mots élégants qui siéent à son rang, Hubert Védrine remet les militaires et les diplomates dans le rang, et il fait appliquer une décision désastreuse, qui s’inscrit pourtant dans la logique insoutenable de la politique de l’Elysée.
Les militaires français de l’opération Turquoise reçoivent, à leur grand étonnement, l’ordre d’escorter ces génocidaires jusqu’à la frontière, pour qu’ils puissent fuir vers le Zaïre (futur République Démocratique du Congo) et échapper ainsi à la justice internationale qui allait exiger de juger leurs effarantes responsabilités.

Pourquoi avoir agi ainsi, parce que ces génocidaires étaient les amis de la France ? La preuve vivante du soutien que nous leur avions accordé, alors que nous pouvions les arrêter ?
Mais non, la décision prise, avec les mots manuscrits d’Hubert Védrine, est très claire, « ce n’est pas ce qui a été dit » : il ne faut pas les arrêter.


Et les militaires français reçoivent l’ordre de les escorter


J’en ai vu les effets concrets, ceux qui peuvent échapper aux ors de l’Elysée, mais pas aux soldats envoyés sur le terrain. Je suis en effet à Cyangugu, une ville-frontière du Zaïre, quand le commandant de groupement reçoit cet ordre délirant qu’il va cependant être obligé d’appliquer et qu’il va me raconter ainsi :

« D’un air las, avec une voix étrangement basse, un peu comme s’il se parlait à lui-même, le commandant du groupement sud me dit son trouble. Je pense d’abord qu’il s’agit de l’incident avec les forces spéciales ou l’accrochage des troupes de marine, mais je comprends rapidement que le sujet est autre : il a dû accueillir aujourd’hui encore des membres du gouvernement rwandais en déroute, qui utilisent la zone humanitaire sûre pour protéger leur fuite vers le Zaïre. Certes, il est convaincu que ce n’est pas notre rôle de rendre justice, mais escorter poliment des décideurs qui ont de terribles responsabilités dans les massacres et « du sang jusqu’au cou », le tourmente. Il aurait pu les arrêter, il aurait même pu les neutraliser, mais ses ordres ne lui laissaient pas le choix. Il sait qu’il en verra d’autres, cependant il ne peut s’empêcher de se questionner sur cette mission et sur ces criminels que nous protégeons de fait. Je crois qu’il a déjà peur qu’un jour on ne le lui reproche. »


(Extrait de Rwanda, la fin du silence, Belles Lettres 2018)


En faisant appliquer cette directive du président de la République, Hubert Védrine s’est rendu complice de la fuite des organisateurs du génocide, il les a aidés à s’échapper.
Il semble que la Justice ne puisse pas le mettre en examen, mais dans l’esprit, ce qu’il a fait est aussi clair que les mots qu’il a employés, Hubert Védrine a aidé « en toute connaissance de cause » les génocidaires à s’enfuir du Rwanda. Pourquoi ?

3 commentaires sur “Pourquoi Hubert Védrine a aidé les génocidaires du Rwanda à s’enfuir ?

  1. Nos dirigeants politiques passent leurs vies à se protéger mutuellement.
    Qu’ils soient de droite où de gauche.C’est l’omerta,pratique courante,chez une frange de la population du sud de l’Italie…Et on se demande pourquoi l’abstention progresse dans notre pays?

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