Rwanda, Saint-Exupery poursuivi en justice aux frais du contribuable français


Depuis un quart de siècle, le journaliste Patrick de Saint-Exupéry fait l’objet de toutes les pressions pour avoir – parmi les premiers – interrogé le rôle de la France au Rwanda. Reporter au Figaro, pas vraiment connu pour son antimilitarisme, il accompagne les unités militaires françaises engagées dans l’opération Turquoise en 1994, cette intervention « humanitaire » de la France en plein génocide contre les Tutsi.
Sans doute sur les collines de Bisesero, ou en observant le lien privilégié avec les forces gouvernementales, il est effaré par le gouffre qui sépare l’intention affichée (stopper les massacres) de la réalité de la politique française, soutenir un allié quand bien même il commet le dernier génocide du XX° siècle, le seul que nous aurions pu empêcher.

Ne surtout pas questionner, ni s’interroger

Alors Patrick de Saint-Exupéry écrit, avec sa plume engagée et éclairée, pour questionner et interroger notre société :

Quel lien avons-nous avec cette abomination ?
Comment avons-nous pu soutenir pendant quatre longues années un régime qui préparait tout simplement une « solution finale » contre les Tutsi ?
Pourquoi sommes-nous intervenus à leurs côtés alors même qu’ils commettaient ce génocide ?
Pourquoi leur avoir encore livré des armes même après le génocide, avoir protégé leur fuite et organisé la continuation d’un conflit, qui ensanglante encore cette région de l’Afrique des Grands Lacs ?

Si plus personne en France ne peut douter que la question du Rwanda « pose problème » et que nous nous sommes lourdement trompés, qui sait dire avec exactitude dans quelles proportions et surtout pour quelles raisons ?
Personne de sain d’esprit n’a pu souhaiter ce génocide, alors comment la France a-t-elle pu poursuivre une politique aussi désastreuse au Rwanda au point d’être encore tentée aujourd’hui de le nier ? Il est vrai que l’erreur fut dramatique… un million de morts.

Ce sont ces questions qu’il nous faudrait résoudre et que nous avons tant de mal à aborder.
C’est l’objet même du livre « Complices de l’inavouable » dans lequel nous pourrions tous être cités, pour ne pas avoir regardé, pour ne pas avoir demandé des comptes et, pour moi, d’avoir participé à une opération militaire qui n’aurait jamais dû avoir lieu dans ces conditions.
Et pourtant, certains protagonistes s’efforcent d’empêcher tout débat pour des raisons aussi inavouables, un mélange de peur pour eux-mêmes, de malhonnêteté intellectuelle et le plus souvent aussi d’absence de courage.

Poursuivre en diffamation plutôt que de juger le fond

Savez-vous que Patrick de Saint-Exupéry est poursuivi depuis plus de dix ans dans des procédures judiciaires sans fin, qui sont financées sans limitation par le ministère des Armées, pour le faire taire et l’épuiser ?
Diffamation, appels, pourvois en cassation, plus d’une trentaine de procédures, probablement des centaines de milliers d’euros de « l’argent des contribuables » dépensés pour défendre « l’honneur » d’anciens militaires, qui ne sont pourtant aucunement au cœur de la question.
Car ces quelques hommes qui harcèlent celui qui porte un débat ne sont nullement l’objet du questionnement. Ce ne sont pas eux qui ont décidé de ces opérations. Certains se sont trompés et se sont égarés, notamment quand ils ont recommandé de créer des milices « d’autodéfense » qui deviendront le fer de lance des massacres, supplétifs monstrueux des forces gouvernementales formées et équipées par la France.
Mais les décisions étaient – fort heureusement – du ressort du politique, de l’Elysée en l’occurrence. Cependant les responsables de cette époque ont conservé cette détestable habitude de faire monter en première ligne ceux qui ne leur demanderont jamais de comptes, confondant dévouement et dévoiement.

Ces décideurs sont faciles à reconnaître, ils s’exposent le moins possible, refusent tout débat et se drapent dans « l’honneur de la France » à la moindre question. Ils restreignent l’accès aux archives, comme si nous devions être effrayés de connaître la réalité. Ils veillent sans doute à notre sérénité, avec comme meilleur défense de flouter la vérité…
Patrick de Saint-Exupéry est poursuivi en justice par des acteurs insignifiants, aux frais du contribuable, pendant que les décideurs de l’époque attendent patiemment d’être épargnés par le temps, en esquivant tout jugement.

Et vous, qu’attendez-vous ?

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