Au-delà de la gestion de crise, les jours d’après-Covid

Impression, soleil levant de Claude Monet

La difficulté en gestion de crise est qu’il faut se concentrer sur un temps très court, rarement plus de deux semaines, qui finit par faire oublier ce qui se passera au-delà, car une crise n’a pas vocation à perdurer. En effet, en s’installant, la crise se transformerait inéluctablement en situation « normale », si toutefois ce terme avait déjà eu un sens…

La vaccination nous ouvre de nouvelles perspectives

L’arrivée de la vaccination contre l’affection du Covid19 nous ouvre désormais des horizons différents, auxquels il convient de réfléchir dès maintenant. Outre le fait que sortir d’une crise génère une perspective agréable, cela permet aussi de projeter des futurs différents.
Il est probable qu’avec la vaccination, la situation change radicalement. Même avec les difficultés liées à la campagne de vaccination, techniques, financières et surtout psychologiques, n’oublions pas que le simple fait qu’une partie de la population ne puisse plus transmettre la maladie et que les personnes les plus fragiles soient mieux protégées changera radicalement la donne.

La pandémie du Covid19 sera derrière nous, et nous aurons alors… à affronter de nouvelles questions.

Il sera enfin possible de relancer nos activités économiques et sociales, sans craindre à tout moment un reconfinement dévastateur pour ces mêmes activités.
L’espoir qu’avait suscité la première sortie de confinement en mai 2020 avait provoqué une embellie immédiate, et par la suite une sacré déconvenue lorsque nous avons réalisé – à contre cœur – que la deuxième vague n’était pas une réplique amoindrie, mais une menace plus importante encore.
Certes nous avions capitalisé une certaine expérience et nous disposions enfin de ces masques, présentés comme inutiles lorsque nous n’en avions pas. Mais nous étions aussi plus fragiles, notre société étant déjà largement marquée par la première vague.

Cette perspective de vaccination nous ouvre donc une réelle perspective de reprise avec un risque cette fois réduit aux effets collatéraux du vaccin ou de la maladie, que nous ne connaissons pas encore.
Avec la disparition attendue de la pandémie, nous allons vivre une nouvelle ère, marquée par l’expérience du Covid tout en en étant débarrassés.

Mais qu’est-ce qui va changer dans ce nouveau contexte ?

Nous apercevons déjà une modification profonde de nos vies, professionnelles et personnelles, générée par le déploiement massif du « distanciel ».
Plus de 60% des actifs peuvent travailler en partie à distance et cela change la donne dans notre manière d’appréhender les activités professionnelles.
Pour ceux qui peuvent télétravailler, c’est un équilibre de vie complètement différent qui s’esquisse : diminution des déplacements, remise en cause des espaces professionnels et de leur utilisation, évolution des modes de faire collectifs et donc du management. Nous allons rentrer dans une nouvelle ère du travail qui sera marquée aussi par le déséquilibre avec les activités non télétravaillables.
Comment faudra-t-il les traiter socialement ? Rémunérer l’obligation faite de se déplacer, améliorer encore les espaces dédiés au travail en présentiel ?

Nous allons revoir aussi, et même interroger radicalement notre rapport au déplacement et à la « mobilité ». Mais pas seulement dans notre sphère professionnelle.
A titre personnel, allons-nous voyager autant ? Prendre l’avion ou notre voiture pour un oui ou pour un non, et pour si peu de temps parfois ?
Notre rapport au temps s’en trouve changé aussi, dès lors que la mobilité en occupait une large part. On peut imaginer que les activités de transport, de tourisme, et donc d’hôtellerie comme de restauration vont évoluer vers de nouveaux équilibres et des formes que les usages vont dessiner progressivement.

Si la pandémie Covid est enfin derrière nous, quelles traces aura-t-elle laissées dans nos vies ?

Sans doute une relation différente avec le risque et l’incertitude.
Nous avons eu le sentiment et le désagrément de voir que notre société nous offrait progressivement un sentiment factice de mise sous contrôle du risque.
Nous étions de plus en plus (r)assurés et nous étions même invités à attaquer tout manquement à cette obligation faite désormais à notre société de nous protéger.

On le voit aujourd’hui encore à travers cette mise en cause déplacée des responsables de la gestion de crise, à qui on voudrait reprocher la crise elle-même.
Mais la crise, les crises, sont consubstantielles à notre désir d’assurance. Plus nous chercherons à nier les risques et plus nous risquerons de tomber de haut chaque fois que nous serons confrontés à de nouvelles incertitudes.
Nous devrions réfléchir désormais à l’évolution de notre culture du risque et de l’incertitude, plutôt que de croire à une illusoire capacité à tout maîtriser.


Cette crise du Covid nous apprend d’abord sur nous-mêmes : nous sommes fragiles et dépendants de notre capacité à réagir collectivement, avec une responsabilité durable et partagée de toutes nos activités. Pour affronter les risques inhérents à notre vie en société, nous avons besoin plus que jamais d’une large solidarité, entre nous et dans le temps.
C’est aussi la condition pour ne pas être gouvernés par la peur…

2 commentaires sur “Au-delà de la gestion de crise, les jours d’après-Covid

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