Le tout télétravail, de l’accélération à la fiction

Dans un contexte de crise où les décisions sont toujours controversées, il importe de rester clairvoyant sur l’intérêt du télétravail, ainsi que sur ses limites.

Le premier confinement, comme les grèves à répétition de fin 2019, avaient marqué un coup d’accélérateur au développement du télétravail, avec toutes les qualités et les avantages qu’il apporte.
Pour faire simple, le télétravail limite les déplacements, les besoins en bureau ainsi que les interactions non souhaitées dans ces derniers : être dérangé sans arrêt, devoir s’adapter à un cadre rarement individualisé, subir les mouvements et la sonorité d’un environnement jamais assez discret.

Mais les inconvénients du télétravail sont du même acabit, il réduit les interactions professionnelles, il les limite le plus souvent aux échanges prévus et organisés, faisant disparaître la spontanéité et l’improvisation que créent les multiples occasions de rencontre… réelle. Le télétravail se transforme alors en un formidable réducteur de la vie en collectivité, pouvant mettre en cause l’existence même de l’entreprise dans sa capacité à faire ensemble.
Dans un exemple récent, nous avions montré que le tout-télétravail avait un impact considérable sur la capacité de production, la réduisant dans notre cas de l’ordre du tiers, ce qui est considérable.

Nous en avions déduit à ce stade que les modes de faire devaient évoluer : on ne peut en effet travailler, et a fortiori manager, en distanciel comme nous avions appris à le faire en présentiel. Nous avions conclu, avec facilité, qu’il nous fallait maintenant chercher des équilibres entre ces deux modes de travail, pour qu’ils se complètent plutôt qu’ils ne se concurrencent.

Le tout-télétravail est une fiction

Dans la situation de crise – temporaire mais virulente – que nous connaissons, le passage au « tout-télétravail » génère des difficultés profondes et relève d’une fiction.

Basculer en tout-télétravail pour « les activités qui le permettent, 5 jours sur 5, et ce n’est pas une option » crée de nombreux déséquilibres auxquels il est nécessaire de réfléchir et sans doute de compenser.
En premier lieu, les activités non télétravaillables sont nombreuses, du caissier de Franprix au ramassage des ordures, sans qui le confinement des autres activités ne serait guère envisageable plus de quelques jours. Comment compenser ce déséquilibre qui va tendre à s’installer entre deux types de profession ?
Aux débats, très intéressés, sur la prime qu’il s’agirait de verser à ceux qui peuvent rester chez eux pour travailler, s’oppose en comparaison la contrainte des métiers où le déplacement s’imposerait, parfois dans des conditions éprouvantes comme dans les grandes agglomérations.
« Un partout, la balle au centre » ou prise en compte de ces deux contraintes spécifiques ? Faut-il rémunérer la contrainte des déplacements imposés et, par ailleurs, partager avec les télétravailleurs les économies réalisées sur les bureaux et leur fonctionnement ?

Des activités qui ne sont jamais totalement télétravaillables, sauf à se perdre

De plus, les activités dites télétravaillables ne le sont jamais complètement. En effet l’expérience du premier épisode de confinement (mars-mai 2020) a montré que les activités télétravaillées souffraient rapidement de l’absence de lien social avec l’entreprise et en particulier avec les autres collaborateurs internes ou parties prenantes.
La productivité collective est réduite en télétravail, dès lors qu’il n’est pas rééquilibré par des périodes de « présentiel », présence physique sur le terrain, au bureau et sur tous les lieux qui permettent d’échanger, de voir et de se rencontrer.

Même dans notre situation de crise, où il faut réduire la propagation d’une pandémie qui pourrait être ravageuse à bien des égards, placer les curseurs à fond est contre productif.
Le tout-télétravail est en effet destructeur pour le collaborateur comme pour l’organisation, qu’elle soit entreprise, activité indépendante ou administration.
Cette solution déséquilibrée se traduit par un effet d’isolement pour les individus et un effet d’hibernation pour les collectifs. La « production » s’en ressent immédiatement, elle diminue fortement alors que l’apprentissage des outils de télétravail au cours de la première saison permettrait d’espérer bien mieux, à condition de garder un équilibre entre ces deux modes de travail.

Rechercher des solutions hybrides pour performer et durer.

L’hybridation semble le mieux répondre aux équilibres nécessaires entre présentiel et distanciel. Autrement dit, au lieu d’imposer un rythme en « tout-télétravail », source de déséquilibre, il serait préférable de demander aux entreprises de monter momentanément la proportion du distanciel, tout en leur laissant conserver une part indispensable de présentiel. Au même titre qu’il serait aberrant de renoncer au télétravail après cette épidémie, espérer une solution en tout télétravail est une fiction, d’autant plus qu’elle risque d’être prolongée.
Au même titre que toutes les activités ne sont pas télétravaillables, celles qui le sont ne devraient pas être pratiquées uniquement sur ce mode. Comme les voitures hybrides, elles obtiennent leur meilleur rendement quand l’utilisation est mixte.
Le fait de viser plutôt des équilibres souples entre 2 et 4 jours sur 5 de télétravail serait bien plus performant, sans profiter trop à la propagation de l’épidémie.
Rappelons aussi que les protocoles sanitaires sont en général très bien appliqués dans les entreprises et que ces dernières ne sont pas des lieux de contamination, contrairement à nos activités sociales et familiales…

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