À la recherche progressive de nouveaux équilibres : déplacements et télétravail.

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La gare Saint-Lazare par Claude Monet

Depuis que nous ne parlons plus uniquement du bilan sanitaire du Covid19, et que nous abordons enfin de la manière progressive dont nous voulons réanimer nos sociétés, les questions qui émergent nous ramènent le plus souvent à la recherche de nouveaux équilibres.

Si personne ne peut se prononcer sur la durée de l’épidémie, tous peuvent observer l’impact ou plutôt la césure qu’a provoquée cet épisode inédit de confinement. Rappelons-nous, car notre mémoire est prompte à effacer ce dont nous ne voulons pas nous souvenir, que nous avons été effarés autant qu’impréparés à cette annonce mi-mars 2020, lorsque nous avons dû stopper l’essentiel de nos activités, privées comme professionnelles, pour tenter de ralentir une épidémie que notre système de santé ne savait plus contenir. C’était autant la propagation du virus que la saturation des urgences auxquels nous voulions parer, avec une réponse aussi brutale qu’inattendue, tout arrêter ou presque.

Le fait que d’autres pays avant nous, et tout particulièrement l’Italie, n’aient pas trouvé d’autres issues ne nous laissaient guère le choix. Ce n’était d’ailleurs pas vraiment un choix, plutôt une décision qui nous semblait inéluctable à défaut d’alternatives. Et nous nous sommes globalement confinés pendant huit semaines en France avant d’entamer, très progressivement, un mouvement inverse de déconfinement qu’il nous appartient d’inventer.

Un déconfinement « à tâtons »

La première observation est que nous déconfinons « à tâtons » car nous n’avons ni référence ni expérience en la matière.
En moins de 10 jours, des questions qui nous semblaient impossibles à résoudre – comme sortir de sa « cabane » et s’exposer aux pires menaces qui avaient justifié d’y rentrer – n’ont pas trouvé de solutions raisonnées mais des expériences partagées. Le simple fait d’observer l’autre, qui n’est souvent « d’autre » que notre miroir, nous a permis de ressortir pour réapprendre progressivement une société que nous avions violemment stoppée.

Personne n’espérant retrouver intégralement la société d’avant, comme on rallumerait la lumière d’une pièce plongée dans l’obscurité, il est intéressant d’observer les nouveaux équilibres qui sont recherchés.
Dans notre vie personnelle, le désir et la motivation sont sans doute plus forts que nos craintes, mais comment renouer des liens physiques qui ne fassent pas porter de risques sur les personnes qui nous sont chères ?
La limite du digital apparaît rudement ici, même s’il nous a offert des opportunités inespérées pour communiquer avec les « nôtres » : il est peu probable que la relation à distance puisse combler nos désirs et nos espérances.

Néanmoins, organiser une réunion privée qui garantisse la distanciation sociale relève du vœu pieu plus que de la réalité, même lorsque nous y consacrons beaucoup d’attention. Je n’ai pas encore remarqué de réunions familiales ou amicales qui respectaient l’intégralité du protocole de déconfinement que nous sommes pourtant obligés de mettre en œuvre à titre professionnel dans les entreprises.
Ces écarts révèlent d’ailleurs que nous aurons besoin de trouver une cohérence entre les mesures que nous exigeons pour travailler et celles que nous appliquons dans notre vie personnelle. Espérons que ces deux modes de vivre se rejoindront naturellement dans de nouveaux équilibres qui se dessineront progressivement…

La question cruciales des déplacements

Nous déplacerons-nous moins ? La question mérite d’être posée quand on observe les réticences face aux transports publics, sources de promiscuité par leur concentration même des voyageurs.
En parallèle la voiture génère des difficultés de circulation et de pollution ingérables dans nos centres urbains, plus encore lorsqu’il s’agit de se déplacer individuellement dans des véhicules que la mode incompréhensible des SUV a rendu énormes.
Pour l’anecdote, beaucoup de conducteurs seuls dans leur voiture portent un masque, je me demande pourquoi ils ne rajoutent pas une visière derrière leur pare-brise…

Donc ce sont de nouveaux équilibres qui sont recherchés dans les transports et qui interrogent sur le besoin même de se déplacer. Pendant deux longs mois nous n’avons pas pu le faire, alors de quels déplacements avons-nous besoin et envie pour un avenir qui commence aujourd’hui ?

Le lien avec l’activité professionnelle est crucial, les déplacements devenant une contrainte essentielle dans l’effort combiné de relance de l’activité socio-économique et de limitation même de l’épidémie.
Certes des modes alternatifs peuvent remplacer partiellement ces besoins de transport en commun ou de circulation en voiture, mais la solution la plus efficace reste de diminuer tout simplement ces déplacements…
C’est un enjeu essentiel du télétravail – le travail à distance –, de réduire significativement, voire majoritairement, les besoins de transport. Nous vivions en effet dans une société où les déplacements se discutaient en termes de moyens (et de temps), mais peut-être pas assez de leur bien fondé.

Partager et reconnaître différemment les transports

En développant sous la contrainte une expérience massive de télétravail, la question des déplacements professionnels peut être regardée sous un jour nouveau.
Alors que je suis un défenseur résolu du besoin de se rencontrer régulièrement pour faire vivre une organisation collective, notamment parce que le tout télétravail réduit considérablement la performance des organisations, il me semble nécessaire de s’interroger sur l’équilibre à trouver désormais entre présentiel et distanciel.

Observons simplement qu’à 2 jours de télétravail par semaine, soit 40% en distanciel, nous réduirions réellement les déplacements professionnels qui représentent la moitié du transport public et presqu’autant de la circulation automobile.

Évidemment beaucoup d’activités ne sont pas exerçables à distance, mais de très nombreuses pourraient l’être, et dans des proportions importantes. Par exemple les rendez-vous en mairie pourraient largement s’appuyer sur des visioconférences, de même qu’une partie des consultations médicales ou des entretiens avec les professeurs de nos enfants.
Tous les secteurs peuvent s’interroger sur la nécessité de se déplacer et de déplacer leurs clients à toute occasion, pour chercher de nouveaux équilibres entre travail à distance et moments de rencontre physique indispensables pour nouer une relation sociale.

Mais si la sphère professionnelle exigeait moins de déplacements – sans doute d’ailleurs comme la sphère personnelle – nous pourrions regarder différemment la contrainte des transports. Les entreprises pourraient payer pour que ses collaborateurs se déplacent, ce qui donnerait une autre valeur à cette contrainte de temps et de moyens.
En contrepartie les sociétés économiseraient sur leurs coûts immobiliers (et de fonctionnement) en limitant dans une proportion importante les surfaces nécessaires, à condition toutefois d’adopter massivement le flexoffice.

La non-attribution d’espaces individualisés serait aussi un équilibre différent entre nos « environnements » professionnels et personnels. Rappelons-nous qu’hier, nous passions entre un tiers et la moitié de notre vie éveillée d’actif sur notre « lieu de travail », cet équilibre pourrait changer, à condition d’être partagé.

4 commentaires sur “À la recherche progressive de nouveaux équilibres : déplacements et télétravail.

  1. Cher Guillaume,

    Merci pour ces réflexions intéressantes.

    Si le lien physique, presqu’animal, reste indispensable à tout collectif humain, il est clair que la crise aura changé bien des attitudes ou fait sauter bien des barrières concernant le télétravail ou l’intérêt de la vidéoconférence… Certaines entreprises vont aussi faire leurs calculs et se dire qu’au-delà du bien-être de leurs salariés, les pousser à télétravailler 1 ou 2 j / semaine permettrait de réduire de 12 m2 à 8 m2 la surface moyenne de bureau…

    Au-delà, elle peut marquer une nouvelle étape vers l’effritement du modèle du « tout-salariat » né de la révolution industrielle. Et dans le même temps, remettre en cause le dogme de la densité urbaine chers à certains idéologues.

    En revanche, je suis moins sûr que la frénésie de déplacement en soit durablement affectée. L’homme est mobile depuis son origine et – comme le disais Pascal ou Baudelaire – bien incapable de rester longtemps à la même place…

    Bien amicalement,

    Fabien

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  2. Merci Guillaume pour cette analyse. Je suis persuadée que le 100 % télétravail va tuer notre société (professionnelle et personnelle). Par contre, pour l’avoir eu dans mon entreprise, 2 jours en télétravail et le reste en présentiel est plutôt un bon équilibre. Cela réduit les déplacements tout en gardant cette présence dans l’entreprise. Nous sommes des êtes humains et avons besoin de se rencontrer !
    A très vite pour un café 😉

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  3. Merci cher Guillaume pour ces analyses pertinentes et qui posent de vraies questions sur les nouvelles réalités du monde post-confinement ! L’exercice professionnel, en salarié ou indépendant, en présentiel ou à distance, en physique ou en digital sont des enjeux que nous devrons tous relever.
    Ta contribution à ce nouvel édifice sera très utile, merci !

    Bruno d’Artagnan
    ami et fidèle de longue date … et pour longtemps encore.

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