Quelques réflexions pour se préparer utilement au déconfinement

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Après six semaines de confinement, nous pouvons nous préparer à en sortir, progressivement. Cela se fera avec une certaine appréhension tandis que chaque décision du gouvernement est systématiquement contestée et que l’épidémie reste active. Mais celle-ci se situe désormais à un niveau qui permet de reprendre une vie différente de celle qu’elle nous a imposée jusqu’ici, sans pour autant espérer qu’elle redevienne « normale » – c’est à dire comme avant – qui n’existe déjà plus.
Du côté professionnel, nous nous préparons à faire revenir sur site des milliers de collaborateurs dont une large partie en région parisienne, à Lyon et à Marseille où les questions de transport en commun sont critiques. En quelques mots, voilà la manière dont nous nous préparons.

Beaucoup de dialogue pour compenser le trop d’incertitudes

Nous vivons une situation inédite, marquée essentiellement par les incertitudes. Un ami médecin affirme en riant qu’en réunissant trois docteurs on obtient au moins quatre avis différents… tandis que nos décideurs politiques n’ont même pas besoin d’être à plusieurs pour avoir des avis contradictoires.
L’incertitude règne donc, liée à notre méconnaissance du coronavirus mais aussi à l’absence de références ou de repères dans une telle situation. Nous n’avons jamais connu une affaire semblable. Aussi notre première proposition est-elle de contrebalancer cette incroyable incertitude par une concertation plus large que jamais.
C’est d’abord une communication de dialogue sur laquelle nous nous appuyons pour rétablir le lien social de nos communautés professionnelles en renouant avec le travail collectif, que le télétravail ne permet qu’en partie. Nous interrogeons la situation personnelle de chacun de nos collaborateurs, des questions de déplacement aux contraintes familiales ou d’aidants, tandis que l’école comme de nombreuses structures d’accueil ne reprendront que progressivement. Remarquons au passage que la séparation que nous efforcions jusque là de maintenir entre sphère professionnelle et personnelle se trouve largement effacée…

Motiver la sortie du confinement et le retour au collectif

La première question qui ressort de ce dialogue est la raison même du déconfinement : pourquoi en sortir alors que nous avons dû nous y astreindre et même nous y enfermer ? Beaucoup de collaborateurs peuvent penser individuellement qu’ils sont très performants désormais en télétravail et qu’il vaudrait mieux (en tout cas pour eux) rester ainsi jusqu’à ce que tout se rétablisse, et tant pis si cela nous renvoie à la Saint Glinglin. Ils réussissent à oublier du même coup tous les actifs qui n’ont pas pu se confiner pour leur permettre justement de rester chez eux, sans d’ailleurs qu’on leur ait trop demandé leur avis. Mais c’est le propre du confinement d’exacerber les raisonnements individualistes, et le dialogue est une étape pour rétablir une conscience collective dans l’isolement, qu’un univers hyper connecté n’a jamais compensé.

Une barrière d’abord psychologique

La principale barrière au déconfinement est donc d’ordre psychologique. Il est vrai qu’après avoir martelé pendant des semaines que sortir de chez soi était dangereux, que nous étions « en guerre » et nous avoir fait compter les morts au quotidien, cette barrière psychologique a eu le temps de se durcir. Pour sortir de leur lieu de déconfinement, dans un mouvement qui n’est plus naturel, nos collaborateurs ont besoin d’exprimer leurs craintes, toutes leurs craintes d’autant qu’ils ont peu eu l’occasion de les partager pendant cette longue période.
Cela implique aussi de bien les accueillir, de ne pas faire preuve (comme moi) d’impatience, tandis que la peur a été diffusée bien plus largement que le virus. Une peur contre laquelle nous sommes peu immunisés, dans cette société où nous avons même tenté de proscrire le risque. Laissons chacun exprimer ses craintes, une occasion aussi d’écouter nos propres peurs…

La réalité et l’exemple priment sur les discours

Dans cette période remarquablement anxiogène, le fait est que les discours portent peu. Lassitude des débats stériles et des polémiques ridicules, absence de stratégie claire ou de résultats tangibles, nous avons développé une capacité à ne plus entendre et surtout à ne plus croire.
Les dernières déclarations hallucinantes de Donald Trump ont fini de nous abrutir. Nous devenons étanches et seuls les exemples concrets peuvent désormais nous convaincre, temporairement. Il apparaît donc utile de privilégier les démonstrations par des exemples réels, comme amorcer le déconfinement en se rendant soi-même à son lieu de travail. L’exemple prime sur le discours, le « suivez-moi » prévaut plus que jamais sur le « allez-y », à condition de le faire savoir, sans tambours, ni trompettes.
L’intérêt de la progressivité dans le retour est aussi de donner du temps à ce mouvement qui est loin d’être évident.

Des évolutions très rapides, presque versatiles

Paradoxalement, les comportements peuvent évoluer très vite, exactement comme la situation. L’épidémie peut se tasser ou repartir, différemment selon les régions et dans le temps.
Dans les premiers jours, nous allons ainsi nous ruer sur les masques, comme s’ils constituaient un rempart, une armure contre le coronavirus. Mais le porter pendant quelques heures lassera même les plus convaincus et nous ressentirons vite le besoin de pouvoir les retirer.
Nos attentions, nos inquiétudes comme nos préoccupations évoluent très vite dans ce contexte d’incertitudes, et cette forme de versatilité implique de gérer nos sujets sur un horizon de temps réduit, quelques jours, deux à trois semaines tout au plus.

Alors que le chemin sera long et incertain

L’horizon est court, cependant le chemin sera long pour revenir à une situation qui ne sera pas vraiment « normale », mais au moins différente du confinement massif. Nous avons besoin de temps pour préparer les esprits, à évoluer dans les deux sens. Car dans ce contexte épidémique durable, nous devons anticiper aussi les régressions nécessaires, notamment si dans certains territoires et à des moments différents, nous sommes obligés de revenir en arrière.
Pour cette raison, nous avons construit un dispositif comportant plusieurs stades, permettant de passer progressivement de l’un à l’autre, sans avoir le sentiment de revenir à la case départ et de ne pas réduire notre univers à 0 ou 1.
De même nous aurons à faire face à des cas de contamination sur nos sites de travail et c’est notre capacité à les gérer de manière organisée qui rassurera ou pas nos collaborateurs. Une longue route nous attend, faite de patience et d’adaptation.

Des rapports au travail qui ont irrémédiablement changé

Dans ce contexte, une évidence s’impose déjà : le rapport au travail a irrémédiablement changé.
Avant l’épidémie, nous avions des discussions sans fin pour déterminer si nos organisations collectives supporteraient un passage de une à deux journées de télétravail pour nos collaborateurs… maintenant que nous sommes passés à l’intégralité du temps en télétravail, la question est pour le moins caduque. Néanmoins cette expérience obligée nous a montré aussi que nous ne pouvions pas tout faire en télétravail et que le lien social se distendait au fur à mesure que durait l’isolement physique des membres d’une communauté.
Ce sujet appellera de nombreux développements, ce que nous pouvons discerner d’ores et déjà est que nos modes de faire resteront marqués par cette expérience massive de télétravail et que même le fonctionnement en présentiel ne sera plus le même, son management plus encore.

Réapprocher l’autre

Enfin, et ce n’est pas le point le plus facile, nous allons devoir réapprendre à approcher « l’autre » : pendant des semaines nous l’avons évité.
Lors de nos sorties, nous l’avons fuit et donc progressivement nous l’avons assimilé à une menace. Même à Paris où les habitants n’ont jamais brillé par leur convivialité, les sourires ont laissé place à un petit rictus accompagnant le pas de côté, chaque fois qu’un autre s’approchait. Un rictus qui est devenu une grimace quand un joggeur venait trop vite, son souffle inquiétant, un nuage de virus flottant… l’autre est devenu une menace, et pourtant « l’autre » c’est nous.

Alors il est temps de recréer du lien, même derrière un masque.

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