L’Etat français a-t-il rompu avec cette politique de déni face au génocide des Tutsi au Rwanda ?

Le ministère des Affaires étrangères vient de publier sur son site internet un communiqué pour le moins surprenant concernant le Rwanda,

A la question « à quelques jours de la commémoration du génocide rwandais [sic], l’ouverture promise des archives françaises est-elle effective ? La commission d’historiens franco-rwandaise annoncée par le président Emmanuel Macron a-t-elle commencé ses travaux ? », le ministère des Affaires étrangères répond, sans scrupules, « qu’un travail important a déjà été effectué en matière de communication et de déclassification des documents concernés. Il se poursuit, en coordination avec les autres ministères compétents. »

la culture du silence

En réalité, le problème est que rien n’a été fait sur ces sujets : aucun document n’a en effet été déclassifié et l’Institut François Mitterrand, présidé par Hubert Védrine, continue à répondre que les documents sensibles de l’Elysée sont « ouverts mais non consultables ».
Quant à la ministre de la Défense, Florence Parly, elle a exprimé en juin 2018 une position pour le moins fermée aux députés, en affirmant que « certains tentent de réécrire l’Histoire et tiennent des propos inacceptables » et elle n’a fait procéder à aucune déclassification de ces archives, parmi lesquelles celles de la Direction du renseignement militaire seraient pourtant lourdes  d’enseignement.

Les rares documents publiés récemment sont issus d’enquêtes judiciaires et ont été révélés par des journalistes d’investigation, comme cette note de la DGSE du 22 septembre 1994 qui informait nos décideurs de la réalité de l’assassinat du président Habyarimana par des extrémistes hutu, ce qui n’a pas empêché les autorités françaises de continuer à les soutenir.

Afficher une volonté et faire son contraire est la marque de nombreux politiques, le président François Hollande avait même déclaré le 7 avril 2015 qu’il avait décidé d’ouvrir ces archives, notamment celles de l’intervention « humanitaire » de la France au Rwanda, tout en se gardant bien de le faire en réalité.
François Hollande avait sans doute été rattrapé par des documents plus que compromettants et préféré y renoncer pour préserver le président François Mitterrand et son ancien secrétaire général, Hubert Védrine.
Il aurait pu néanmoins éviter de mentir publiquement aux Français.

Ce serait presque risible s’il ne s’agissait d’un génocide, le génocide des Tutsi au Rwanda pour lequel la France a joué un rôle indécent. Et grâce à ces manœuvres dilatoires, une poignée de décideurs français peuvent échapper à leurs responsabilités en cachant depuis 25 ans des erreurs dramatiques, peut-être même criminelles.

L’Etat français a-t-il rompu avec cette politique de déni face au génocide des Tutsi ? Car le rôle de la France dans le génocide des Tutsi est d’abord l’histoire d’un déni.

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