Génocide des Tutsi au Rwanda, mais qui a tiré sur l’avion du président Habyarimana ?

L’attentat contre l’avion du président Habyarimana, le 6 avril 1994, n’est pas la cause d’un génocide consistant en un « déchaînement de violence spontanée », mais il doit plutôt être considéré comme le premier acte d’un coup d’Etat qui marqua le début du génocide perpétré contre les Tutsi. Le changement de régime correspondra en effet au début des massacres qui avaient été préparés et organisés depuis des années par les extrémistes hutu.

Qui a tiré sur l’avion du président rwandais ?

Des professionnels.
Pour réussir ce tir double, de nuit, il fallait une équipe particulièrement entraînée. L’utilisation de ces missiles anti-aériens portables est toujours présentée comme relevant d’une simplicité enfantine, mais leur utilisation dans des conditions « opérationnelles » relève d’une parfaite maîtrise technique : le créneau de tir est réduit par le temps court d’apparition de la cible (de l’ordre de deux minutes dans ce cas) et par l’utilisation d’une pile amorçable dont la durée de vie n’excède pas une minute. Les deux combinés font que, sans entraînement sérieux, la « chance » de tirer un avion est quasi nulle, d’autant qu’il faut une trentaine de secondes pour se mettre en position de tir avec le missile sur l’épaule et procéder à la séquence complète de tir (acquisition de la cible, amorçage de la pile, accrochage, surélévation de l’angle de tir et enfin seulement départ du missile). Enfin le tir double en tandem qui a été effectué cette nuit là – les deux missiles partant quasiment en parallèle – requiert une synchronisation parfaite, sinon le deuxième missile accroche le propulseur du premier et perd sa cible.

Autrement dit, ce ne sont pas des soldats d’une des factions rwandaises qui ont tiré, ils ne disposaient ni de simulateur, ni de l’expérience de tirs au pluriel, en tandem et de nuit.
A contrario, des équipes de tir de ce niveau étaient disponibles à cette époque du fait de la chute du mur de Berlin et de la déshérence d’unités bien formées et équipées dans les anciens pays de la sphère soviétique. Pour une somme relativement modeste (inférieure au demi-million de dollars de l’époque), il était possible de recruter un équipage de tir complet, au moins cinq personnes, avec les missiles nécessaires pour une telle opération, normalement quatre munitions et le double de batteries.
Donc, n’importe quelle faction pouvait se payer cette prestation, à condition d’échapper à la surveillance des services secrets des grands pays ou de bénéficier de leur soutien…

Qui a commandité l’assassinat du président Habyarimana ?

Les extrémistes hutu qui se sont emparés du pouvoir et ont conduit le génocide des Tutsi.
Il a fallu attendre 18 ans et le rapport d’expertise ordonné par la justice française (rapport « Poux Trévidic » de 2012, complété d’une expertise relative à l’examen d’une éventuelle manœuvre d’évitement) pour déterminer l’origine géographique des tirs : les deux missiles ont été tirés de la zone du camp militaire rwandais de Kanombe où stationnait leur bataillon d’élite, le bataillon para-commando, entraîné à cette époque par la France. Cela ne laisse guère de doute sur le « camp des tireurs », tandis que les flammes de départ des missiles – plus de 100 m, incroyablement visibles de nuit – ne leurs auraient laissé aucune chance de s’échapper s’ils n’avaient été justement dans leur propre camp.
Il n’est donc plus problématique de conclure que ce sont les extrémistes hutu qui ont commandité et organisé l’assassinat du président Habyarimana, afin de prendre le pouvoir et déclencher le dernier génocide du XXème siècle, sous nos yeux… et avec l’assentiment de certains dirigeants de la France ?

Rappelons simplement que ces extrémistes hutu se sont emparés du pouvoir en éliminant non seulement le président Habyarimana (dans la nuit du 6 avril) mais aussi les opposants démocrates hutu, comme la Premier ministre Agathe Uwilingiyimana (le 7 avril). Ils ont constitué un « gouvernement intérimaire », formé en partie dans les locaux de l’ambassade de France le 8 avril 1994, gouvernement qui a conduit pendant 100 jours le génocide d’un million de Tutsi, sans jamais perdre le soutien de l’Etat français.

Un commentaire sur “Génocide des Tutsi au Rwanda, mais qui a tiré sur l’avion du président Habyarimana ?

  1. Les précisions techniques apportées par Guillaume Ancel, ex-officier supérieur francais spécialiste du guidage des frappes aériennes, sont d’autant plus crédibles que la présence à Kigali d’un certain capitaine Paul Barril et de ses acolytes, lors de ces événements dramatiques, est de notoriété publique. Cela renforce évidemment l’hypothèse de la présence d’experts en la matière dans les rangs des conseillers francais de l’armée rwandaise à l’époque.

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